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« Karembeu – un champion kanak » d’Anne Pitoiset et Claudine Wery

Un homme deux terrains

Les journalistes Anne Pitoiset et Claudine Wéry récidivent dans la biographie autorisée en publiant « Karembeu – un champion kanak » aux éditions Le rayon vert. Après « Mystère Dang », leur écriture à quatre mains retrace encore une trajectoire exceptionnelle d’un enfant du pays avec un livre de rentrée consacrant un homme chaleureux. Un été Karembeu…

Ce livre est sans conteste placé sous le signe de la dualité avec le binôme d’écrivains, avec une double édition (locale et métropolitaine), avec deux couvertures ayant deux titres différents et, enfin, de par la double personnalité de Christian Karembeu, le Kanak ancré dans son pays et sa culture cohabitant avec l’homme célèbre arpenteur du vaste monde ainsi que des hautes sphères. Si le texte des deux éditions reste inchangé, on peut préférer la couverture locale en couleurs montrant un Lali à la lippe étirée par un sourire plutôt que le gros plan noir et blanc du farouche Kanak affrontant du regard le lectorat de Métropole. Pour le coup, victime d’une commercialisation exotique, Christian Karembeu perd son titre de champion ne revendiquant plus que son ethnie. Dans la préface, Lali se livre en quelques pages avec sincérité. Quelques lignes suffisent pour qu’il se définisse en tant qu’être humain n’ayant jamais oublié d’où il vient. Le gamin de Lifou est tout entier dans ce sourire naturel, dans cette gentillesse jamais mièvre n’occultant pas les épreuves historiques de son peuple auquel il restera toujours fidèle, ne serait-ce qu’en mettant le point sur le i de la Marseillaise. Ce premier « chapitre » le rend définitivement attachant.

Énergie et générosité
Avec un père instituteur et une mère stricte au diapason, Lali a reçu une éducation pétrie de valeurs, véritable rempart contre les excès de jeunesse et aussi un « garde-fougue » car il a toujours débordé d’énergie autant que de générosité. Enfant de la nature à Lifou, ce gentil garçon apprendra à « kanaliser » son trop-plein d’ardeur sur la Grande Terre avec la discipline du collège Do Neva, abordera l’histoire de son peuple avec le professeur Déwé Gorodé et découvrira ses aptitudes physiques exceptionnelles grâce à d’autres adultes bienveillants. Né au début des années soixante-dix, il assistera aux événements de 1984, à ceux de 1988 et en sera durablement marqué. Idem par l’histoire, apprise sur le tard, de son arrière-grand-père exhibé dans la mascarade de l’exposition coloniale de 1931. La jeunesse calédonienne qui ne possède pas bien son passé récent pourra se remettre en tête les dates marquantes de l’émancipation du pays. De même, le lecteur métro pourra découvrir les us, les coutumes et les croyances du peuple kanak ainsi que les grandes figures historiques ou politiques et, peut-être, mieux comprendre l’attitude de Lali, homme de terrains qu’ils soient de foot ou claniques. Que de chemin parcouru pour ce jeune, né sur un minuscule bout du monde et brillant dans toutes les disciplines sportives ! En l’espace d’une dizaine d’années, grâce aux grands frères exilés comme lui, ou aux rencontres précieuses (Suaudeau, Jacquet, les copains de l’équipe de 98), Lali devient Mister Karembeu, adulé des foules emplissant les stades, à l’aise sur les plateaux télé internationaux, aimé d’une des plus belles femmes du monde, chanceux dans ses choix de clubs victorieux et couronné par un palmarès incroyable.

Capital sympathie
C’est sans doute à cause de sa simplicité innée, de l’humilité retrouvée lors de ses retours en terre kanak qu’il n’a jamais eu la grosse tête. Comme Adriana la volontaire, au parcours similaire et à la famille modeste, faisant la part belle également aux valeurs fondamentales. Le livre est plus intéressant dans la trajectoire calédonienne que sur la météore footballistique et la vie privée – « deux couleurs, deux people ». Le style est parfois un peu lyrique pour décrire le quotidien en tribu et l’on remarquera quelques imprécisions sur le ballon rond avec lequel les deux auteures semblent peu familiarisées. Malgré le capital sympathie engendré par le sujet, cette deuxième biographie s’avère inférieure à celle d’André Dang dont la vie moins connue était paradoxalement plus palpitante, d’où le titre référence à son « mystère ». Pour le lecteur, la découverte était quasiment totale. Sur Christian Karembeu, son existence étant étalée dans la presse tant sportive que people depuis des lustres, on apprendra finalement peu de primeurs si ce n’est une mise au point chronologique et l’affirmation de ses convictions dès la préface. Les Kanak les plus jeunes seront sans doute sensibles au parcours de leur inimitable grand frère et le livre a pour qualité de faire connaître de l’intérieur la culture mélanésienne et l’histoire calédonienne au public hexagonal, grâce à des annexes précieuses et concises. Rien que pour cela, le but… paraît atteint.

Rolross