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Interview de Nicole Chardon-Isch par Frédéric Ohlen

CAUSERIE AUTOUR DE L’OUVRAGE de Nicole ISCH

 Littératures de Nouvelle-Calédonie tome III

QUESTIONS DE FREDERIC OHLEN A NICOLE ISCH

Juillet 2020

Lors de la causerie qui s’est tenue mercredi 15 juillet 2020 à la librairie Calédolivres, Frédéric Ohlen a soumis l’auteure des Littératures calédoniennes, tome 3, à un feu nourri de questions ; le public d’écrivains, d’auteurs et de scripteurs était venu nombreux et a réagi dans une interaction riche et bienveillante.

F O : Dès la page 9, vous tentez de faire le point sur vos objectifs : écrire, dites-vous, » une chronique littéraire », aider à la lecture, « éclairer », « donner du sens », « diffuser le travail des auteurs »… en révélant -« l’intertextualité » et les « parallèles » avec les œuvres de la francophonie… Vous arrivez au tome III de votre entreprise… Pourriez-vous en faire le bilan et surtout nous donne r es exemples qui vous viennent à l’esprit pour illustrer tous ces nobles buts et ambitions. (Commençons, si vous le voulez bien, par la fin ! Si je vous dis …intertextualité… Vous me répondez…

 

N I: Mise en relation des textes locaux avec d’autres textes du patrimoine littéraire universel ! Il existe des invariants, des universaux de pensée des thèmes et préoccupations communs à l’humanité. Des auteurs isolés par l’océan et les terres écrivent avec la même inspiration et permettent des rapprochements intéressants.

F O : Si je vous dis maintenant … francophonie, vous me répondez…

N I : La francophonie est vaste et plurielle, elle revêt des particularités sociales, langagières, culturelles enrichissantes ; le microcosme calédonien contribue par son unicité et son universalité à la   développer et nos auteurs locaux participent par leur talent, leur imaginaire, leur originalité à cet enrichissement. Pour tous les lecteurs de la francophonie et pour les étrangers, je souhaite que cet ouvrage soit une entrée dans l’univers du livre calédonien.

F O : Si je vous dis enfin … diffusion ?

N I: Notre association, grâce à son pôle éditorial, permet annuellement l’édition de 3 ouvrages en moyenne ; à cela s’ajoute notre site internet et ses rubriques sur les causeries, les comptes-rendus de rencontre avec les auteurs, les invitations d’écrivains à l’atelier d’écriture que nous animons, la rubrique Lire en ligne qui permet à tout lecteur-scripteur de proposer ses textes pour une édition gratuite. Nous apparaissons également sur un réseau social, ce qui permet de créer du lien culturel.

F O : Ce soir, l’attention du public est centrée sur vous en tant qu’auteure, critique et personne… mais en réalité, ce ou ces livres sont le fruit d’un travail collectif… Pouvez-vous nous en parler et surtout citer le nom de vos collaboratrices ?

N I: Seul le tome II a fait l’objet d’une collaboration. Mes collègues enseignantes essentiellement y ont fourni des études faites en classe ou à l’occasion de la parution de mes livres ; je leur renouvelle ma gratitude : Florence Rouillon-Steuer, Evelyne André-Guidici, Nathalie Huault, Patricia Artigue, et la collègue qui s’occupe du site de lettres au Vice-Rectorat. Ce sont des femmes, qui prennent le temps d’être disponibles, et qui sont sensibles à l’ancrage territorial des supports pédagogiques.

F O :  Plutôt et statistiquement, les lecteurs sont, on le sait, des lectrices… Est-ce que cette exclusion involontaire ou cette malédiction concerne aussi les professeurs et autres passionnées du livres ?

N I: Sensibilité accrue, prédisposition génétique, disponibilité féminine ? Je ne sais. Les hommes sont sans doute plus « égoïstes et pragmatiques » et préfèrent publier plus qu’analyser l’œuvre d’autrui, ils me paraissent plus enclins à être servis qu’à servir, ils sont plus orgueilleux, que sais-je ? C’est une réalité, une majorité de femmes fréquente mon atelier d’écriture, 80% de femmes pour 20% d’hommes. On s’amuse à l’atelier, on reçoit des conseils, on échange ; outre le manque de disponibilité peut-être n’aiment-ils pas se montrer en état de faiblesse, en terme de connaissance sur la langue … Ils sont sur-représentés dans les métiers manuels et techniques, où leur compétence s’opère traditionnellement. Mais ils sont les bienvenus.

F O :  Êtes toujours très attentive à varier les points de vue en diversifiant les oeuvres, tout ne conservant une certaine équité, mais pourriez-vous ce soir, nous révéler, à titre dérogatoire, les oeuvres qui vous ont le plus touchée et pourquoi ?

N I:  Fille qui courait comme le vent, de Marie Murtini : ce joli conte poétique est très visuel et permet de dénoncer les bombardements de manière si originale et esthétique ! C’est un chef-d’œuvre de couleurs, de mouvements et de sensations !

La Dame d’Epi, de Catherine Régent : une saga familiale qui rend compte du courage d’une femme, « potomitan » de générations contemporaines et postérieures ; l’exemplarité de cette figure féminine centrale, fondatrice, arrivée aux Nouvelles-Hébrides malgré elle, son courage et sa détermination forcent l’admiration dans un contexte de fièvres et d’agitation. Un documentaire bien nourri pour comprendre la colonisation et l’exil, les ramifications d’une famille en Nouvelle-Calédonie ; j’ai aimé la structure particulière, les ruptures chronologiques, les portraits des personnages et d’une époque.

Fin mal barrés, de Jenny Briffa

Mais il y en a bien d’autres, comme le roman de J.O. Trompas, Au pays des borgnes, qui montre la rudesse et la douceur de la brousse calédonienne et pose des questions d’identité.

F O : D’aucuns vous ont « reproché » d’écarter trop souvent le genre théâtral de votre champ d’analyses… Que leur répondez-vous ? Inversement, d’autres ont considéré que vous vous intéressiez beaucoup à la littérature jeunesse… Alors … ? Est-ce vrai ? Et si oui, comment l’expliquer ?

N I: J’ai essayé d’équilibrer en effet et me suis intéressée aux Comédies broussardes, d’Ismet Kurtovitch, à une pièce de Catherine C. Laurent, à Fin mal barrés, d J. Briffa dans ce tome III ; les précédents tomes ont analysé Plein phare, de Firmin Mussard et La Balançoire, Le Sentier, de Nicolas Kurtovitch. Certaines analyses sont présentes sur le site d’Ecrire en Océanie, dans la rubrique « supports pédagogiques ».

Il est vrai que les textes de théâtre ont leur utilité pédagogique dans les activités d’oral et d’argumentation et pour regarder le fonctionnement du monde ; les autres genres littéraires sont exploités plus largement de façon spontanée avec des nouvelles, des romans, de la poésie.

F O : A titre plus personnel, vous avez déjà écrit, si je m’en souviens bien, des contes, des nouvelles ; quelle serait pour vous désormais l’ambition absolue, littérairement parlant ? Ecrire run roman … ?

N I:  activités associatives et familiales absorbent beaucoup de mon temps en effet. Contes et nouvelles sont plus accessibles, moins chronophages. Je rêve de rouvrir mes fichiers et d’achever mes romans en gésine. Je rêve de silence et d’isolement pour écrire longuement.

F O :  Vous êtes beaucoup investie dans le milieu associatif, à travers Ecrire en Océanie, mais vous avez récemment avoué que vous souhaitiez « passer la main » ; idéalement dans quels nouveaux rôles ou fonctions, vous imagineriez-vous ?

N I:  celui de grand-mère, disponible pour écrire, raconter, cajoler ses petits-enfants et les aider à appréhender le monde. Dans celui de la romancière qui transmue le réel en un imaginaire narratif. Mais on n’oublie pas son bébé et je resterai disponible pour la nouvelle et jeune équipe d’EEO, notamment en participant au comité de lecture et en organisant des causeries.