Juin15

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Nicolas Kurtovitch répond à Rita Tot…

Interview

 

1. En quoi la poésie est-elle chemin de connaissance ?

 

La poésie que je pratique implique au moment de l’écriture une incertitude notamment quant à la finalité du texte. C’est-à-dire qu’elle est une interrogation sur soi, une interrogation du réel et de ce qu’il éveille en soi. En fait c’est une recherche de l’écho, du réel en soi même. Il s’agit aussi de dépasser l’émotion précisément en questionnant cet écho. Mais la poésie c’est également le moment d’affronter l’inconnu, particulièrement lorsqu’il s’agit de remettre en question d’éventuelles certitudes, par exemple et en certaine circonstance d’écriture quand à la structure et au vocabulaire et à l’usage qui en sont fait mais aussi à leur fonction sociale notamment dans la soumission répétée ou non à la norme de l’usage. Et c’est par ça ces remises en question que l’on peut cheminer vers un peu plus de connaissances.

 

 

2. La poésie est-elle essentielle ?

Evidemment la poésie est essentielle justement parce qu’elle conduit au dépassement et en ce sens le langage est un moyen de dépassement. Il convient donc d’utiliser la langue, le vocabulaire, la syntaxe comme des champs de dépassement de l’usage habituel sans pour autant il me semble sombrer dans le pédantisme voir l’hermétisme.

La poésie est également essentielle parce qu’elle est un questionnement de la société, elle doit être un questionnement de la société. C’est le moment d’interroger le quotidien toujours en cherchant à en exprimer l’écho éveillé en soi par sa prise en compte. Mais la poésie est également essentielle parce qu’elle est un moment une expérience émotionnelle c’est-à-dire qu’on pourrait se passer de la lecture, de la poésie pour uniquement le vécu de l’écriture  de la poésie. C’est peut-être à ce moment-là qu’elle est le plus essentielle car à partir de cette énergie éveillée en soi tout devient possible, d’un point de vue intellectuel, mentale, spirituel.

Enfin la poésie me semble être essentielle parce que c’est  le moment d’aller au-delà des conventions de pensée issues de l’éducation, du comportement social voir du comportement intellectuel. Il me semble que nous avons absolument besoin pour vivre en équilibre, de la transgression des règles de pensée qui se sont imposées en nous tout au long de notre vie.

 

3. A propos du Dharma

 

Le Dharma a de nombreux sens, je retiens celui de la vérité et du chemin qui y mène mais aussi celui des phénomènes et de leur explication. En d’autres termes il s’agit peut-être de la vie dans sa plénitude à condition qu’on soit conscient de cette vie comme étant un chemin à parcourir qui va au-delà de l’aboutissement social voire même familiale et national. Et je comprends alors que les phénomènes et leurs explications notamment, mais également leurs interprétations et leurs effets sur moi et sur le groupe, prennent tout naturellement leur place dans ce cheminement. Y a t il vérité ou non ? « Il n’y a pas de vérité » m’a-ton dit, oui, peut-être, mais tout autant « il n’y a que des vérité » si on considère que toutes les vérités ne sont que subjectives, elles n’en sont pas moins des vérités et vécues comme telles, par celui ou celle qui les portes. Ce qui en veut pas dire que tout est vrai, ainsi il ne sera jamais vrai que le soleil se lève à l’ouest (une fois qu’on s’est mis d’accord sur les points cardinaux évidemment !).

Et puis le terme Dharma mis en titre du livre c’est un hommage au Tibet, à son combat et à sa foi.

 

4. A propos de Slobodan et de Nicolas

 

En fait c’est plus compliqué d’en parler que je ne le croyais au premier abord. Il me semble que le fait d’être Slobodan m’a très rapidement conduit à regarder tout autant au-delà de l’horizon qu’en deçà du récif. C’est donc une grande chance. Cette ouverture et cet intérêt pour le monde slave, que ce soit les Yougoslaves, les Russes ou les Polonais, a rendu possible mon ouverture à d’autres cultures, d’autres vies que celles en Nouvelle Calédonie, et lorsque vous étiez adolescent, en Nouvelle Calédonie, à mon époque, vous ne viviez pas spontanément la pluralité culturelle, enfin ce n’était certainement pas le cas dans les années soixante. Il fallait pour ce faire une force et un désir qui venaient de la bande, d’un chemin parallèle à celui du discours et de l’éducation ambiante, celle impalpable mais non moins efficace qui échappe à l’école.