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un récit d’André Martin, scripteur à l’atelier d’écriture de Païta

André Martin, scripteur à l’atelier d’écriture de Cannelle Isch à Païta, nous offre ce texte de science-fiction enjoué, proche du fantastique, entre rêve et réalité. Présenté comme un manifeste écologique, il nous invite à travers des personnages allégoriques, à plus de responsabilité et de respect envers l’environnement.

 

Le confinement terminé, les restaurants des baies de Nouméa rouvrent…

Sur la terrasse d’un restaurant mythique, face à la mer calme, attablé avec des amis, nous devisions gaiement de l’après confinement en croquant quelques bonnes crevettes à l’ail. J’en avais pris deux ou trois, quand brusquement un bruit étrange se fit entendre.

Ce signal sonore nous prit la tête, il nous transperçait de part en part. Il était strident, sans arrêt comme venu d’outre-tombe. Je portai mes mains à mes oreilles, mais cela ne diminuait pas.

Mes yeux se dirigèrent vers l’océan, d’où semblait provenir ce son agaçant et au volume de plus en plus puissant. La mer, si calme jusqu’alors, semblait bouillir là-bas vers l’horizon. Le spectacle se précisait.

Des jets d’eau fusaient dans le ciel et se rapprochaient de plus en plus de nous. Ces colonnes liquides se balançaient inexorablement pour bientôt s’écraser de tout leur poids sur l’eau ou la plage.

Serait-ce l’apocalypse ?

Les clients des bars et des restaurants de la plage criaient, d’autres couraient sans se retourner, les véhicules freinaient au milieu de la route bondée et leurs occupants se précipitaient vers les immeubles alentour… Je restais là, planté devant le restaurant à essayer de comprendre ce qui se passait. Y avait-il quelque chose à comprendre ?

Les geysers d’eau devenaient de plus en plus nombreux, et plus gigantesques. Le ciel, couleur azur avait pris une teinte bizarre avec des rayons lumineux bleus, qui dansaient devant mon regard circonspect.

Dans le lagon, à l’endroit tout juste à un lancer de pierre devant moi, une étrange machine, qui était la réplique plus ou moins artificielle d’un requin, sortit son dos de l’onde. La mer toujours bouillonnante projetait vers nous ces colonnes d’eau, qui s’écrasaient sur la plage et la route. Ces colonnes en forme de serpents liquides provenaient certainement de créatures de type alien.

Nous fûmes tous trempés comme si on avait pris un bain sans se déshabiller.

L’étrange engin, sorti de nulle part, continuait à nous transpercer les tympans de ce bruit assourdissant, comme venu d’un champ magnétique inconnu.

Une odeur fétide d’huîtres pourries, l’odeur des mangroves nauséabondes nous prenait l’odorat comme dans un étau qui nous compressait les poumons. L’air ambiant devenait irrespirable.

L’étrange machine avançait inexorablement vers nous. Les colonnes d’eau s’écrasaient sur nous sans nous ménager. Je me retrouvai à terre, couché et trempé de la tête aux pieds.

La plage était méconnaissable, les « diaghanes » du bord de mer avaient été déracinés, les banians centenaires se retrouvaient nus, comme des vers, les pins « colonnaires », plantés au temps du bagne, étaient déchiquetés du sommet à leur base …

Tout d’un coup, le bruit strident s’arrêta, l’eau ne nous aspergeait plus, l’étrange engin s’était arrêté ; l’odeur fétide restait et semblait faire partie du décor. La mer reprenait son espace avec difficulté. Les vagues déformaient l’onde sans ménagement. L’étrange engin émit un grand bruit et sur la forme oblongue de la machine, une trappe s’ouvrit. Les yeux écarquillés, la bouche ouverte, je regardais sortir de la matrice quatre petites créatures ressemblant à des répliques d’animaux marins différents.

 

Le premier, ayant l’apparence d’un hippocampe qui mesurait à peine deux mètres de haut, irradiant de nitescences, brandissait un panneau avec un pictogramme, qui disait que la pêche à la baleine, au requin, à la tortue, était totalement interdite et surtout leur destruction. Dernier avertissement.

 

Le second, à l’apparence d’un poisson clown de trois mètres, un E.T. avec une belle bedaine nous demandait de ne plus polluer leur océan avec les pesticides, les engrais des greens de golf, les herbicides utilisés dans les hôtels du littoral. Dernier avertissement.

 

Le troisième à la forme d’une belle porcelaine irisée, nous demandait de protéger les récifs coralliens, le corail en général et de participer à sa culture pour regarnir la Grande Barrière.

Dernier avertissement.

 

Le quatrième, réplique d’un crabe de palétuvier nous faisait savoir qu’il fallait de suite protéger la mangrove et les îlots pour la reproduction des crustacés, des alevins et des oisillons nombreux à y naître, ainsi que les bébés tortues. Dernier avertissement.

 

Le ciel prit une teinte « luneuse » en plein jour, éclairé par des rayons bleus. Des myriades de points de couleurs différentes et irisées envahissaient tout l’espace de la plage et montaient vers le firmament. Dans un grand fracas, l’engin s’en alla, il devenait déjà minuscule, au loin sur l’océan. Tout disparut.

 

Soudain, je me sentis très mal, à terre entre deux chaises, soigné par ma voisine qui avait défait la ceinture de mon pantalon, ouvert la chemise et qui me passait une serviette de table remplie de glaçons sur le visage. J’étais là, à terre, comme un ver malade, qui ne ressentait que fièvre.

Un médecin, présent sur les lieux, se pencha sur moi et m’installa dans la position PLS. Il me demanda de me rendre chez mon généraliste au plus tôt.

Rien de ce que j’avais vécu, il y avait un court moment, n’avait laissé de trace sur cette belle plage. Rêve, prémonitions, je ne savais de quoi cela relevait. Le covid 19 ou un virus de plus,  encore inconnu m’avait atteint au plus profond de mon être.