Juil04

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Sabotage à l’usine, André MARTIN

Sabotage à l’unité de production, André MARTIN                                                          Sabotage - Vikidia, l'encyclopédie des 8-13 ans

Sur le tapis d’embouteillage de la célèbre entreprise de boissons, située à l’entrée de la ville, des incidents récurrents et répétitifs apparaissent : le tapis se retrouve, au petit matin, couvert de claquettes dégoûtantes, de pelures de bananes, de cailloux … On en veut à l’entreprise !

Clémence est intervenue sur les lieux comme journaliste.

Elle devra répondre à ces questions : qui est le coupable et quelles sont ses motivations ?

Clémence est une jeune femme déterminée, qui veut des réponses à son questionnement.

Dans cette entreprise, travaillent près de cinquante employés, qui sont chargés du tapis, de l’emballage, de la vente et de la livraison.

Le Directeur de l’entreprise a un superbe bureau, qui trône : une cage de verre au-dessus de l’activité principale. Il est habillé d’un costume-cravate. Bien qu’il fasse très chaud en dehors du bureau, la climatisation est à vingt degrés.. Il domine tout, d’un seul regard.

Clémence écoute les suppositions du Directeur, qui veut à tout prix incriminer le syndicat majoritaire de la Société. Clémence reste sceptique mais promet d’entendre les élus syndicaux au fur et à mesure de son enquête. Le directeur, d’une voix agressive promet des sanctions exemplaires à l’encontre de l’auteur des incidents.

« De mon bureau, je peux observer tout ce qui se passe dans l’usine. Si je surprends le coupable, la sanction sera sans appel. Vous, les journalistes vous aimez mettre votre nez partout !»

Clémence rencontre un à un les chefs d’équipe. Dans chaque département, le chef est responsable de la bonne marche de sa propre unité. Les chefs d’équipe porte des chasubles vertes avec leur noms et prénoms écrits en lettres capitales sur un écusson tenu avec un scratch pratique et bien lisible.

Clémence remarque que tous les chefs d’équipe sont tous masculins. Par contre le personnel ordinaire est majoritairement féminin.

Le syndicat se plaint du sexisme, pratiqué par le Directeur qui recrute, nomme.

Les hommes obtiennent des avancements intéressants à l’encontre des femmes, qui ont du mal à obtenir une promotion.

Les femmes occupent tous les postes de la chaîne.

Clémence doit rencontrer le Président du Conseil d’Administration, principal actionnaire qui lui ouvre le coffre, où ont été déposés les objets du délit. Tout est couvert de plastique : claquettes dégoûtantes et nauséabondes, pelures de bananes, cailloux, terre, outils placés pour détériorer le tapis…

« -C’est inadmissible qu’une personne dans l’usine ait pu projeter sur le tapis de production de tels immondices !

-Avez vous dû retarder la production ?

-Oui ! Bien sûr ! Le nettoyage a pris quasiment deux bonnes heures !!! A chaque fois, car les services vétérinaires contrôlent tout le secteur avant la reprise de l’activité. C’est plus de quatre heures d’arrêt pour la production. Une perte nette conséquente est enregistrée par rapport à l’incident. Tous les commerces que nous fournissons sont impactés par l’arrêt.

-Avez vous des soupçons sur un groupe de personnes ou bien une personne en particulier ?

-Je suis convaincu que c’est encore une employée qui désire une augmentation et qui en veut à l’entreprise d’avoir augmenté la cadence de production ! Il est possible que ce soit encore une adepte de l’environnement qui refuse le contenant plastique ou les boissons sucrées ! On fait l’objet de lourdes critiques et on veut bien nous mettre sur le dos la problématique du taux très fort de diabétiques en Nouvelle-Calédonie.

-Dans quel département serait employée la personne sur qui vous avez de lourds soupçons ?

-Ce doit sûrement venir de la production, une syndicaliste, j’en suis sûr !!!

Clémence essaie d’éviter que le Président puisse porter de fausses accusations. Il maugrée et s’énerve. Il s’enferme de nouveau dans le bureau du Directeur pour continuer ses invectives contre le personnel devant le Directeur.

Clémence s’en va et commence à sortir de l’usine lorsqu’elle aperçoit un petit groupe de femmes en pause cigarettes en dehors des locaux. Elle s’approche et les femmes continuent à discuter. Elles cherchent à ce que Clémence puisse entendre leurs avis.

-Depuis qu’elle est revenue de ses vacances du Vanuatu, les exactions ont commencé.

-Je l’ai vue le soir rester près du dépôt.

-Elle s’est procuré un boucan là-bas et elle agit avec…

-Elle a gagné au bingo l’an dernier une somme cumulée grâce à un boucan récupéré à son dernier voyage !

Clémence intervient :

 -Pourtant comment rentrerait -elle dans les locaux la nuit pour tout déposer.

-Mais elle peut voler la nuit comme une chauve-souris !

-Vous y croyez vraiment ?

-C’est le boucan qui agit !! Ma grand-mère de Maré pouvait le soir venir à Nouméa, entrer en salle de cinéma pour voir un film et repartir dans son lit bien avant minuit…

-Oh ! mais c’est impossible ces choses-là !!!

-Pour vous les blancs, mais chez nous cela peut se passer ainsi !

Clémence préfère quitter le groupe car la conversation semble irréaliste et complètement subjective..

Le lendemain, Clémence revient à l’usine pour essayer de trouver des indices fiables. De suite, un chef d’équipe vient vers elle, pour lui dire que toute la production est une fois de plus arrêtée, car il y aurait eu encore des déchets de tomates et d’œufs pourris sur le tapis. Clémence se rapproche du tapis maculé, et s’aperçoit qu’au-dessous du tapis tous regardent la belle chaussure coincée dans l’engrenage. C’est une belle chaussure à talon haut avec un style très particulier. Le Directeur est là, hagard, hébété, rouge de confusion ou de colère, il s’adresse à Clémence, d’une voix blafarde :

-Bon ! c’est bon ! Je vois d’où vient le crime !

-Vous connaissez l’auteur du sabotage ?

-C’est la chaussure de ma femme qui est là, coincée dans l’engrenage. Elle est hyper jalouse et pense que j’ai une relation avec une femme de la société. Elle me fait des scènes tous les soirs, lorsque je rentre avec un peu de retard ou lorsque j’ai une réunion !

-Attention de ne pas accuser trop vite votre femme !

-Je reconnais sa chaussure qui est coincée dans l’engrenage et l’autre je l’ai trouvée à la sortie de l’atelier, abandonnée sur le terre-plein.

-A-t-elle les clés de l’usine ?

-Elle peut les prendre dans mon sac, une fois que je suis endormi. Je dors avec une assistance respiratoire et cela fait un bruit permanent. Elle ne supporte pas ce bruit et fait donc chambre à part.

Clémence essaie de minimiser l’incident, mais rien n’y fait. Le Directeur parle d’une voix monocorde où l’émotion domine.

 -Vous auriez tellement voulu que ce soit une employée, qui ait pu arrêter la cadence, monte une voix derrière le groupe.

Le Directeur, rouge de colère, part s’enfermer dans le bureau de verre. Il décroche le téléphone. Il gesticule dans tous les sens, des sons montent à travers les portes et fenêtres fermées. Le tapis de production est à l’arrêt. Le service de la DAVAR enverra un responsable pour une visite avant de redémarrer la production. Des petits groupes se sont formés, un peu partout dans la cour de l’usine. Toutes les langues se délient, des rires montent de certains. Clémence impassible reste debout devant l’objet du délit. Elle ne sait comment écrire un article qui puisse calmer le personnel et les différentes équipes.

Par moment, elle se demande pourquoi avoir choisi les affaires et les énigmes dans son journal. Elle aurait du se contenter de la rubriques faits divers ou les jeux cérébraux. Elle sent bien que le climat social de l’usine n’est pas prêt de retrouver sa sérénité.

Attendons de voir !