Juin14

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Lettre à Helène, Felipe LORENTE

Le sentiment amoureux, source lyrique d’inspiration, est l’occasion pour un lecteur d’Ecrire en Océanie de se pencher, de manière nostalgique, sur son passé d’adolescent et ses premiers émois amoureux. Il nous livre ici une courte et dense réflexion sur les inattendus de l’amour.

 

Lettre à Helène, Felipe LORENTE

C’est drôle rien que d’y penser ce que j’ai pu t’aimer !

Et ces longues nuits où, seul, je te parlais, tandis que la journée en te voyant je restais bouche bée. Depuis, tant d’années ont passé, mais ce que le temps n’a pas pu effacer qui peut l’effacer ? Hélène, c’est à partir de toi que j’ai aimé, que la longue lignée des Hélène a commencé sur moi à régner.

J’avais à peine quatorze ans et j’étais interne. De même que toi, Hélène. Mais j’étais dans les derniers quand tu étais dans les premières. J’ai toujours regardé devant. Tu n’as jamais regardé derrière. Tu as fait carrière Hélène. Et moi, voudrais-tu que je te dise où je suis allé traîner ma misère et ma peine ? Non, parce que je voudrais te donner le meilleur de moi-même et que le meilleur de moi-même est dans les gens que j’aime. Il est dans toutes les Hélène qui sur moi ont établi leur règne. Leur nombre comme leur nom importe peu puisque toi et moi nous savons désormais que ce n’est que la répétition du même.

 

Hier, Hélène, j’apprenais la mort de Toni Morrison. Et sais-tu ce que j’ai appris sur Toni Morrison ? Qu’elle ne donnait pas la couleur de ses personnages ou seulement à la fin de ses romans : est-ce que les Blancs disaient, eux, que leurs personnages étaient blancs quand ils étaient blancs ? Eh bien moi, Hélène, j’ai attendu plus de quarante ans et la fin de cette lettre pour dire que mon premier amour était noir.

F.P.