Août07

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Le plâtre ou le cerf, par SNG

Le plâtre ou le cerf, par SNG

Une belle entorse de la cheville droite avait imposé que l’on m’emprisonne la jambe avec un plâtre montant jusqu’à mi- mollet. Alors privé de toutes activités – chasse, pêche, sport – pendant trois semaines, je n’étais plus moi-même, avec un déclin du moral ahurissant. Le second week-end de cette triste période se composait d’un week-end de trois jours incluant le lundi 24 septembre, jour férié ; tous, amis cousins, oncles organisaient la partie de chasse du dimanche sans jamais inclure l’handicapé que j’étais devenu. Le samedi, veille de la chasse, enfin une nièce adorable profita d’un silence pour surprendre tout le monde :

-Eh ! Tonton rouquin y fait comment lui, personne n’est gentil, il ne va quand même pas rester à la maison !

Un silence de mort suivit ces propos enfantins pleins de bon sens et d’humanité. Mais je repris vite la petite Val, lui invoquant qu’il y en aurait d’autres et que là je pourrais y aller. 

C’était mal connaître le vieil oncle patriarcal qui du bout de la table lança :

 « Vous le déposerez au banian, c’est un bon poste ».

 Me voilà heureux d’être de la partie ! Nous partons de la maison au petit jour et la chasse débute, une petite demi-heure se passe et tout s’accélère, les chiens jappent, les brousses craquent et un magnifique mâle aux cornes immenses dévale la colline vers moi. Je monte une cartouche dans le canon et quand je sens le tir possible, j’appuie sur la détente ; la détonation de ma 243 retentit, le cerf s’effondre. Alors fou de joie je me lève mais dans le même temps l’animal blessé se relève et part en titubant. Sur mon pied valide, je démarre, suivant la bête que je ne parvenais pas à rattraper. Au bout de plusieurs dizaines de mètres et plusieurs tentatives, je m’arrête, m’assois et là une seule question me taraude : 

– Je perds le cerf ou je perds le plâtre… ?

Dans un geste déterminé je sors mon couteau de son étui et entame la découpe de cette espèce de demi-jambe blanche qui me ralentit et me soumet au risque de perdre le gibier. En quelques minutes je retrouve la liberté et reprends la course poursuite, un pied chaussé, l’autre nu. J’aperçois enfin le fugitif et parviens à le récupérer. Les chasseurs me rejoignent avec les commentaires qui vont bon train. Ils n’en croient pas leurs yeux et sont impressionnés par ma détermination et mon audace. Ma nièce adorée s’esclaffe en disant :

– Mais Tonton, il est où ton plâtre ? 

Indiquant du regard une direction, je leur montre le niaouli nouvellement décoré de mon trophée de chasse, et… de ma botte de plâtre !

 La cheville a tenu bon mais le corps médical n’a pas apprécié…

SNG