Juin18

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La  sacoche, variation de Maryse KIBANGUI

La  sacoche, variation de Maryse KIBANGUI

 

Aujourd’hui il fait une belle journée, un ciel bleu, juste un peu d’alizés. Une de ces belles journées d’Août si fraiche que le soleil ne parvient pas à nous brûler la peau.

Je me gare et je profite de ces belles allées ombragées du parc. C’est mon jour de repos, après un week-end agité à l’hôpital.

En ce lundi matin, le parc est calme, pas de cris d’enfants, pas de joggers, rien que le souffle du vent et le chant des oiseaux. Je choisis un banc au soleil, je m’installe en plein milieu pour prendre mes aises et rêvasser.

C’est à ce moment que je vois au bout du banc, un sac, une sacoche plutôt. Une sacoche bien solide, en cuir il me semble, avec une bandoulière et des attaches en fer. Rien à voir avec les sacs que l’on fabrique de nos jours. Cette sacoche a un air « d’avant ».  Dailleurs elle n’est pas neuve, son cuir est patiné . Elle a sans doute de la valeur pour son propriétaire. Si personne ne revient la chercher je la déposerai aux « objets trouvés ».

Mais qui a pu oublier une si belle sacoche ? Si elle était faite en pandannus, j’imaginerais une petite mamie mélanésienne tellement occupée à rire et parler en langue avec sa copine qu’elle partirait en oubliant sa sacoche !

Avec un style plus moderne elle pourrait appartenir à un motard tellement amoureux que ce texto qu’il vient de recevoir, annonçant le rendez – vous tant espéré, lui ferait oublier sa sacoche…..

Mais j’aperçois quelqu’un se dirigeant vers mon banc. C’est un vieux monsieur qui arrive à pas lent en s’appuyant sur sa canne. Il se rapproche de plus en plus, je sors de ma rêverie et je l’observe attentivement. Il sourit, il a l’air heureux et soulagé. Il prend place près de moi et pose la sacoche sur ses genoux. C’est donc lui le propriétaire !Il me raconte alors son métier de facteur au temps où il distribuait les lettres à vélo, la sacoche en bandoulière. Il avait 17 ans et arpentait les rues en terre de Nouméa. A la retraite, il a emporté « sa sacoche » et certaines lettres….

Des lettres qui ne sont jamais parvenues à leur destinataire. Certaines viennent de la lointaine Amérique, après la guerre. Des lettres qui ont laissé une histoire inachevée, en suspens, une interrogation…..Il le sait car il les a lues ! Il n’a gardé que les histoires d’amour.

Il a alors entrepris une quête, restituer ces messages perdus….Je lui dis qu’après tant d’années ces missives peuvent déclencher un immense bonheur comme un drame.

L’amour supporte mieux l’absence ou la mort que le doute me rétorque-t-il avec assurance.

Il se lève car il n’a pas de temps à perdre, il se fait vieux, très vieux, la preuve comment a-t-il pu  oublier sa sacoche ?

Il part d’un grand éclat de rire qui déploie toutes ses rides et s’éloigne à petits pas, la sacoche en bandoulière.