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Trois femmes de Nicolas Kurtovitch par Nicole Chardon-Isch

 

1- Forme et contenu

Parler de la femme, thème fédérateur, nécessite à la fois sensibilité et jugement critique, proximité et mise à distance, observation et souvenir. Tout à la fois, Nicolas Kurtovitch mêle ces techniques et égrène, dans un style nourri et lyrique, sa déclinaison féminine. Il choisit un axe qui résonne comme un ancrage, le site et la demeure du château Hagen, demeure ancestrale, terrain de jeu de son enfance, espace culturel chargé d’ans et de souvenirs.

Des relais de narration interrompent les voix de femmes et permettent à l’auteur de s’interroger sur le monde.

La première nouvelle, p.9-56, sans titre est faite essentiellement par une narratrice, benjamine d’une famille de trois enfants ; elle est âgée, indépendante et observe ses enfants, petits-enfants évoluer de Drehu à Nouméa, de Nouméa à Paris ; des souvenirs et des secrets, une histoire à transmettre… Elle est auréolée de mystère et de bonté. Cette première nouvelle semble plus chère à l’auteur. Sa longueur en témoigne.

C’est un texte à plusieurs voix, au moins cinq.

Les protagonistes sont trois femmes âgées, l’une calédonienne de souche, l’autre est une femme arrivée d’Europe au tout début des années soixante, l’autre est de Drehu. C’est cette dernière qui envisage le voyage à Paris et que va finalement accompagner la femme arrivée au début des années soixante : ce sera au bout du compte un aller- retour.

Les autres narratrices sont la belle-fille de la « calédonienne de vieille génération» et sa petite -fille. Il s’agit de donner à entendre le lien profond qui s’est peu à peu tissé entre ces trois femmes emblématiques du Pays.

Un passage notable et celui dans lequel la narratrice principale, qui n’habite plus la maison, y revient en pensée dans le jardin, la nuit. Ces réminiscences poétiques résonnent fortement.

Intermède I

Les pages .57-58 offrent les réflexions d’un narrateur indéterminé qui constate avec déception l’état de délabrement du château, de la ville et de ses infrastructures ; il règne une atmosphère d’attente, comme une parenthèse qui flotte dans l’attente d’un meilleur cadre pour le vivre-ensemble.

Mais n’en disons pas davantage, nous vous invitons à découvrir ce recueil composite, qui entend mettre en lumière des femmes ayant compté pour l’auteur ; au fil des textes, c’est aussi l’occasion de manière intermédiaire de réfléchir à l’état du monde, à la notion d’identité et d’appartenance, à la finitude de l’être humain.

Comme dans un rétroviseur, Nicolas Kurtovitch remonte le temps, redonne voix à des personnes chères, réelles ou romanesques qui, pour avoir disparu, n’en sont pas moins essentielles à sa propre construction.

2- Interview

NCI : Le recueil a-t-il été écrit en résidence ? Quel axe directeur t’a guidé ? Quelles furent tes sources d’inspiration ? Quel (s) aspect(s) souhaites-tu que l’on privilégie ? Hommage, émotion, portrait, réflexion… ? Souhaites-tu une présentation à Calédolivres ?

NK : C’est un recueil de nouvelles, à 80% écrit lors de ma résidence à Shanghai en août et septembre 2017

L’axe principal était la Maison Hagen, maison familiale construite par mon bisaïeul, où est née ma mère et où j’ai habité avant mes dix ans. Lorsqu’une idée de nouvelle venait je replaçais l’histoire dans cet environnement, pour d’autres nouvelles on n’y trouve qu’une allusion, comme dans la nouvelle, « Femme à sa fenêtre »

Il y a davantage de présence de cette maison dans d’autres textes.

Le premier texte est important, ces trois femmes, à qui est dédié le recueil d’ailleurs, leurs relations, sont pour moi importantes et chargées de sens et de significations.

Il me semble que les émotions qui prévalent à certaines écritures, puis l’hommage parfois, ainsi que les portraits, tous conduisent à une réflexion discrète mais profonde sur le pays ; ce qui n’exclut pas les rapports entre les Êtres humains, quels qu’ils soient, où qu’ils soient. L’ensemble est subtil et passe par une relation de l’intime.

Je prévois de faire une présentation à la librairie Calédolivres, lieu de passage culturel incontournable.

3- Un extrait, page 9