Déc22

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Retour de Sydney décembre 2019

Retour de Sydney décembre 2019

Conditions d’écritures

Rédiger un retour sur un congrès passe souvent par l’exercice scolaire du compte-rendu. Dans les cercles académiques, l’écriture administrative s’inscrit dans une comptabilité (justifier des dépenses de l’institution et du laboratoire) et dans des parcours professionnels (évolutions des carrières entre autres). Ces retours sont des calculs des échanges interinstitutionnels : lieu et thème du prochain congrès, publications des textes, etc.

N’étant ni missionné ni institué, je rédige ce type de texte en vue de le faire partager avec les rares intellectuel.le.s actifs.ves de Nouvelle-Calédonie. Par ailleurs, il se trouve que dans ce congrès, quelques enseignant.e.s chercheur.e.s ont parlé de l’Océanie, et fait encore plus rare, de la Nouvelle-Calédonie. Il arrive que les institutions de recherches et d’éducations post-bac australiens s’intéressent à la Nouvelle-Calédonie.

À titre personnel, je pars dans ces congrès pour sortir des tensions et pression politiques insulaires qui ne favorisent aucune distance critique nécessaire pour faire retour sur soi et sur le devenir de notre pays. À trop se mirer le nombril, l’écrivain.e finit par prendre des plis. Il est indispensable d’échanger avec l’extérieur pour mieux se comprendre soi-même et parfaire les travaux culturels.

Je vais être direct. Partir dans des congrès à l’étranger coûte cher, suppose des aménagements d’emploi du temps et les problématiques des congrès ne cadrent pas forcément avec les objectifs des institutions qui vous emploient et qui voient d’un très mauvais œil les agents qui essaient d’avoir une trop grande mobilité.

Pour être plus explicite, pour quelqu’un comme moi, je dois programmer les déplacements une année à l’avance afin d’obtenir les billets d’avion les moins onéreux et les hébergements les plus avantageux. Or les dates des congrès ne dépendent pas de moi. Ces manifestations se déroulent souvent en plein calendrier scolaire. L’agent doit s’y prendre en amont pour obtenir une autorisation d’absence.

Je vais en venir à la raison de ces déplacements.

Congrès et retombées

L’ASFS (Australian Society for French Studies) organise un congrès chaque année dans une des universités d’Australie. Ce congrès concerne les chercheur.e.s impliqué.e.s dans les programmes de recherches de French Studies (enseignant.e.s, thésard.e.s). Le dernier congrès organisé conjointement par l’University of New England et la Western Sydney University se déroulait à Parramata sur la thématique « Breaking and making rules » (« Réglements et déréglements).

Les papiers (« papers ») et interventions allaient des études cinématographiques aux analyses des genres et de manière moins importante, aux littératures et recherches post-coloniales. Dans certains « workshops » (ateliers), il était possible d’entendre des interventions concernant l’Océanie et la Nouvelle-Calédonie. Nous pouvions les compter sur les doigts d’une seule main.

Jean Anderson sur l’usage de la langue française chez Chantal Spitz. L’enseignante-chercheuse en poste à Wellington, est connue du monde littéraire océanien. Elle avait été invitée au dernier salon du livre à Tahiti. Elle a traduit des œuvres du français vers l’anglais de l’écrivaine déjà nommée Chantal Spitz. L’intervention en français fut claire. L’accent était mis sur la souveraineté rhétorique et la création langagière qui font de certains écrivain.e.s océaniens.nes des écrivain.e.s à part entière. Avec une autre perspective, l’universitaire australienne Tess Do parlait dans un autre atelier de la littérature minorée des Chan Dang en Nouvelle-Calédonie à travers l’œuvre pionnière de Jean Vanmai. Tess Do est en train de traduire du français vers l’anglais des oeuvres de Jean Vanmai.

On sait que d’autres écrivain.e.s océanien.e.s et de Nouvelle-Calédonie ont déjà fait l’objet d’études en Australie et Nouvelle-Zélande. C’est le cas de Dewe Gorodé et de Nicolas Kurtovitch.

Pour ma part, j’ai parlé des jeux dans les pratiques et discours politiques. Il s’agissait de revenir aux questions classiques de philosophie politique : Pourquoi y a-t-il de la servitude volontaire ? Comment passe-t-on d’une transgression révolutionnaire des règles à l’obéissance et production de règles ? Je compte écrire un papier si le comité scientifique accepte ce texte.

Impressions de Sydney

Il est entendu que si je me déplace à Sydney, c’est aussi par désir de curiosité intellectuelle et par souci de me dépayser – déterritorialisation nécessaire à une hygiène de vie intellectuelle.

La première impression fut l’inquiétante étrangeté. Parramatta se situe à 25 km de Sydney. Je logeais au centre de Sydney en vue de visiter la ville et admirer les innovations des architectures urbaines.

La nappe de brume en plein été avec un soleil d’une couleur difficile à définir conféraient à la ville une atmosphère de « guerre des mondes ». La petite boule rose tyrien en plein ciel gris bleuâtre enveloppait les gratte-ciels.

À Parramatta, des vents violents en pleine matinée devenaient des signes inquiétants de dérégulation climatique. Parramatta est le nom anglicisé du toponyme aborigène qui renvoie à la forme totémique de l’anguille. Un collègue, en poste à Brisbane qui me faisait part des suppressions de postes dans son département, me confirmait ce dire. Il ajoutait qu’il faisait partie des familles pionnières arrivées à Sydney. Je lui faisais remarquer l’air de famille avec l’histoire calédonienne. Il acquiesça.

Il avait fallu me rendre en train aux Blues Muntains pour comprendre comment la forêt pouvait se transformer en un gigantesque torchis.

Sydney si critiquée est tout de même une ville agréable à vivre. Au niveau des constructions et reconstructions programmées, la ville innove et sait jouer sur la technologie combinant le patrimoine. Le dock portuaire s’est transformé en déposes de buildings aux structures raffinées. On peut dire que l’architecture et les arts décoratifs sont à hauteur du rayonnement de l’opéra. Aux détours des rues, en déambulant, on tombe sur des peintures murales faites par des artistes au style original. J’étais séduit par les fresques aborigènes en pleine contemporanéité. Un Mac Do est établi dans une ancienne architecture qui fait partie de l’art déco de Sydney.

Il faudrait un séjour plus long que celui de quelques jours pour s’imprégner de l’ambiance et visiter et voir tous ces bâtiments.

Sydney See you soon.

Hamid Mokaddem


Parrammata, lieu du congrès avec le panneau d’affichage du programme

 

Au détour d’une rue du centre de Sydney, portrait devant une fresque d’un peintre aborigène.