Août19

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Discours de remerciement de Claudine Jacques pour le prix Arembo

Premier discours :

Mesdames et Messieurs,

Chers amis, chers camarades écrivains,

Merci d’être là.

 

Monsieur le Maire,

Je vous sais fin lecteur et épris de Belles-Lettres.

Merci de me décerner ce soir, le prix Culture et littérature de la ville de Boulouparis.

J’y suis extrêmement sensible, pour au moins deux raisons, la première, je suis d’ici et, vous le savez, cet ici est toute ma vie, la seconde,

J’écris sur notre ici, élargi, multiple, complexe, depuis très longtemps.

Et cet honneur, ce soir, est comme un carré de chocolat que je savoure lentement.

 

Il y a longtemps, on compte désormais en décennies, j’ai habité le quartier Latin puis la rue de l’Observatoire près de Michel Ange, (mes voisins étaient les Morandeau et si j’en parle c’est qu’ils sont les oncle et tante de Louis-José Barbançon qui aurait voulu être parmi nous ce soir, mais qui est à Maré pour les célébrations de la Monique).

Ma fille, me disait le vieux Morandeau en m’apportant une salade de poisson ou un bami, je vais te raconter le temps d’avant quand j’étais jeune. D’oralité, d’écoute puis d’écriture, voilà ce qui constitue ma littérature.

 

Je me suis éloignée : lotissement Bernard à Païta où j’ai vécu avec bonheur la culture wallisienne du quotidien, où j’ai toujours des amis sincères, et après Païta, ce fut Boulouparis.

J’y vis depuis 30 ans.

Vous remarquerez que je choisis toujours ce chemin qui m’éloigne de Nouméa.

 

Et pour parodier Du Bellay, je dirais comme Ulysse :

Plus ma brousse sèche, sa savane blonde, que la ville qui s’agite,
Plus nos bois noirs près des rivières, que les places grouillantes

Plus nos canailleries de bambous sonores que les klaxons tonitruants
Et plus que les fumées, le bétail roux dans l’herbe rose

Un cheval au galop dans le val éolien, une paix colonnaire.

Boulouparis, Berepwari, qui m’est une province, et beaucoup davantage.

 

« La littérature ne permet pas de marcher, mais elle permet de respirer » disait Roland Barthes.

Respirer, c’est bien ce que je souhaite à notre pays, respirer plus haut, plus large, intensément.

Il y a dans la chose écrite une réalité qui se dévoile, qui touche à la révélation, tant à la confidence qu’à l’aveu, à la compréhension d’un vivre ensemble, à l’universalité de nos conditions quelles que soient nos cultures.

Et parce que j’aime la littérature des autres, je vais vous lire en conclusion un passage de Samuel Benchetrit, un passage qui m’a émue comme je souhaite qu’il vous émeuve. Une lumière, peut-être.

« Tu sais Charly, il faut aimer dans la vie, beaucoup … Ne jamais avoir peur de trop aimer. C’est ça, le courage. Ne sois jamais égoïste avec ton cœur. S’il est rempli d’amour, alors montre-le. Sors-le de toi et montre-le au monde. Il n’y a pas assez de cœurs courageux. Il n’y a pas assez de cœurs en dehors … »

 

Encore merci, Monsieur le Maire, cher Pascal, de soutenir, en ma personne et par cet honneur, la littérature Pays.

 

A vous tous, merci pour votre amitié.

Claudine Jacques

Deuxième discours  :

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, chers camarades écrivains,

Chère Nicole,

 

J’écris depuis longtemps, j’oserais dire depuis toujours. J’ai écrit plusieurs dizaines de nouvelles et quelques romans, des albums jeunesse aussi, du théâtre

Ce que je voudrais dire ici, à l’occasion de ce prix, c’est que chaque livre a un destin qui lui est propre et qu’un écrivain se construit au fil de son œuvre, succès et échecs confondus.

Je ne savais pas que mon premier roman Les Cœurs barbelés, où il est question d’un amour difficile pendant les Evénements calédoniens serait publié et republié dans différentes maisons d’édition et lu encore aujourd’hui. C’est un luxe pour un écrivain de constater que ses écrits demeurent étrangement présents.

D’ailleurs, je ne savais pas qu’il fallait une promo d’enfer pour qu’un livre devienne un best-seller. C’est Denis Tillinac, alors patron des Editions de la Table ronde qui me tança vertement lorsque je l’informais que je n’irais pas en France faire la promo des Cœurs barbelés qu’il venait d’éditer. Erreur de jeunesse !

Je ne savais pas que L’Âge du perroquet banane, où il est question d’un monde à construire après un grand désordre, mon livre préféré, serait boudé par les lecteurs et encensé par les universitaires. Je dois avoir une dizaine d’études et d’analyses qui parlent de ce livre et j’apprends chaque fois sur le sens caché de ce que j’ai voulu écrire. C’est passionnant de se dépasser soi-même.

 

Je ne savais pas qu’une nouvelle s’intitulant Sinoëë serait choisie pour devenir un court-métrage et validée comme faisant partie de la culture kanak.

Je ne savais pas que le roman L’Homme lézard, qui raconte les tragiques pérégrinations de jeunes en rupture de société, me conduirait à rencontrer les victimes de Saint-louis, dont Le Père Glantenet qui serait présent à la première dédicace et m’avouerait que tout s’était vraiment passé ainsi.

 

Je ne savais pas que plusieurs de mes nouvelles allaient être traduites, paraitraient dans des revues littéraires, un peu partout dans le monde et seraient étudiées en Australie, en NZ, aux Etats-Unis.

 

Je ne savais pas que je serais reçue comme une reine dans des salons littéraires extérieurs, mon plus grand bonheur fut celui de Brisbane.

 

Je ne savais pas que Nouméa Mangrove qui dit en pointillés l’histoire d’une peur, celle d’un virus qui détruirait la population de Nouméa, serait autant d’actualité.

Je ne savais pas que Le Bouclier rouge qui questionne la place des Arts premiers dans le Pacifique obtiendrait le prix Fara Peci.

Je ne savais pas que l’une de mes rares pièces de théâtre Ataï et moi, serait jouée au Théâtre de l’île et obtiendrait un très beau succès grâce à la mise en scène de Max Darcis et sa compagnie Aletheia .

 

Je ne savais pas que des prix me seraient décernés, le plus important, le plus énorme, fut celui de Palaiseau, en effet, je reçus, venant de France par bateau, l’encyclopédie Humanis en 21 volumes. C’était, il y a vingt ans.

 

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de Caledonia Blues. Sinon que ce livre est déjà en réédition, et je salue ici mon éditeur Christian Robert des éditions Au Vent des Iles pour le travail impeccable qu’il effectue et son accompagnement sans faille.

Car il faut aligner plusieurs planètes pour faire une réussite.

1/- Avoir un véritable éditeur qui puisse permettre au livre…

2/- d’avoir une belle couverture, comme celle-ci où vous voyez un visage et nos chevaux à Bouraké, c’est une œuvre de Titouan Lamazou qui est venu chez nous pendant une petite semaine pour s’inspirer des lieux.

3/- Avoir un bon titre, j’ai galéré sur celui-ci. L’écrivain Colette disait qu’elle ne pouvait écrire sans avoir trouvé un titre. Rien de tel pour moi. Je me laisse une entière et angoissante liberté.

4/- Et puis, bien entendu, il faut un texte. C’est mon travail de chaque jour et sans doute l’une de mes raisons d’être.

Alors que Caledonia Blues obtienne ce soir le prix Arembo de la Nouvelle est la cerise sur le gâteau.

 

Je suis très heureuse que ce prix me soit remis par mon amie Nicole Isch, Présidente d’Ecrire en Océanie. En présence de deux anciens récipiendaires Jean Vanmai et Jean-Marie Creugnet.

Mille mercis chère Nicole, mille mercis à vous tous, membres du bureau, directeurs de collection et partenaires de m’accompagner ce soir dans cet honneur.

Et que vive le prix Arembo !

 

Claudine Jacques