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Albert Waël nous emmène en voyage…..

Montagne, Milieu, Eau, Homme,

Nouméa-Paris, le vol … J’adore son côté sas entre deux mondes. Intermédiaire et lien indispensable. Ne rien faire, se laisser aller, accepter le programme de films, la bienveillance des hôtesses et, cette fois, le privilège de la « business ».

Transition essentielle, il est le temps de lâcher prise. Le vol est au voyage ce que la perspective est à l’art de la Renaissance. En dessinant un relief, elle souligne la diversité des deux mondes tout en les unissant.

Enfin, après m’être libéré des indispensables inutiles et surtout, garantir à Phoenix et Sofi le respect de notre entente implicite en leur assurant confort et sécurité psychologique. Après presque deux années de sédentarité, je réussis à quitter l’ile du Pacifique. Cependant, j’écris quitter alors que je fais partie de ceux qui vont vers plus qu’ils ne quittent.

Trente heures après le dernier bisou á Phoenix, un des chats de la maison, le « flamboyant », entonne le profond miaulement de bienvenue avant de me montrer le chemin de l’escalier. Il ne doute de rien le garçon !

Comme si je n’avais pas plaidé sa cause pour qu’il trouve gîte et couvert dans la maison parentale où je me suis endormi, pour la première fois en 1969.

Comme il est doux de sentir l’humidité de l’immense pelouse et du jardin encore fleuri des dernières roses et hortensias. En fin d’après-midi, le soleil a laissé suffisamment de luminosité pour que le châtaigner plus que trentenaire impose sa massive silhouette aux cotés des jeunes pruniers et noyers. Les deux tambours d’Ambrym implantés au tout début du siècle regardent encore la maison comme de fidèles gardiens arrivés au bénéfice d’un premier et bref départ de la Calédonie.

Il me faut maintenant entrer, percevoir les débordements émotionnels de mon père et la joie immesurée de ma mère. L’un pleurant, l’autre s’exclamant : « Mon grand ». Deux postures qui á elles seules, par leurs sens et les explications que je pourrais en donner, suffiraient à évoquer quatre-vingt-huit années de la vie de chacun d’eux.

Il y a tant dans un si bref instant de présent.

Après une journée de repos, je passe chez Sennelier.  Magnifique boutique aux étals et petits casiers en bois. La patine de ses vieux meubles a probablement l’âge des murs du quai Voltaire. Les bois finement craquelés par les années ont été certainement touchés par tant de génies de la peinture. Je m’y trouvais comme un enfant devant un coffre à jouets. Un ou deux gros paquets colissimo devrait arriver à Nouméa en même temps que moi avec tout un tas de ces futurs jouets.

S’y trouveront les pastels gras que Sennelier avait inventés pour Picasso, le gros pinceau chinois pour la calligraphie et le penn brush noir et gris avec lequel j’ai fait le dessin du colibri. Quelques temps après, une amie m’a expliqué sa valeur symbolique pour les chamanes péruviens.

« Dieu explique alors au condor que le colibri est un oiseau sacré car, allant au Cœur des fleurs pour y chercher le nectar et se nourrir, il ne s’intéresse qu’à l’essentiel ».

A pied, Paris est décidément une grande ville.  Plein de toutes les couleurs de la boutique, j’ai rejoint Aline rue San Sébastien avec un peu de retard. Je ne la connaissais pas. Elle est très étonnante Aline, elle est lunaire et très bienveillante mais si discrète qu’il est presque impossible de savoir ce qu’elle pense.  C’est Lan-Li qui enseigne la calligraphie à Nouméa qui nous a permis de nous rencontrer. C’était un beau moment partagé lors d’un délicieux repas suivi d’un cours de calligraphie japonaise. Sereine et heureuse rencontre.

Après, fugace passage à la librairie le Phénix où j’ai trouvé les papiers magiques recherchés et…. Un livre de François Cheng sur la peinture chinoise et son histoire : « vide et plein ». L’immigrant victime de la pensée communiste populaire, en vente sur les étagères de la boutique militante…. Les temps changent 😊 et c’est tant mieux.

Au lendemain de mon arrivée, je retrouve, avec une immédiateté vierge de toute pensée, le milieu de mes années passées. Mon corps, mes cellules se réjouissent d’une saveur bien connue sans qu’il me soit possible de savoir ce qui m’autorise à jouir d’une telle sérénité.

Peut-être commençais-je à vivre pleinement le moment présent ? La mémoire des paysages calédoniens, les bois bouchons, le lac en huit, les petites pommes de terre des sables de l’île des Pins et le pont de Mouli offert par le Ministre Dijoud au père Doumaî ne m’empêchaient pas d’être sûrement présent, ouvert à cet instant immanent.