Quintet, réactions, émissions et commentaires autour du roman de Frédéric Ohlen Mai31

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Quintet, réactions, émissions et commentaires autour du roman de Frédéric Ohlen

Réactions, émissions et commentaires autour du roman Quintet

Je pense que je n’ai pas besoin d’expliquer ce sentiment d’être aspiré dans un livre après quelques pages… C’est en fait ce qui s’est produit hier matin quand j’ai commencé la lecture de Quintet. Je ne voulais plus trop le mettre de côté.

J’ai découvert un nouvel auteur, un nouveau pays – à peine pouvais-je localiser la Nouvelle-Calédonie sur la carte – et un style d’écriture tout à fait à part.

J’ai été transporté dans un autre siècle (fin 19e), j’ai vécu sur une île, sur un bateau d’esclaves, j’ai appris des nouveaux mots et vécu plus d’une aventure. Est-ce qu’on peut demander plus pour passer un dimanche ?

À cause du nom de famille, Ohlen, d’un des protagonistes de ce livre, le lecteur peut s’imaginer que l’auteur a fait le voyage dans le temps pour découvrir les origines de ses ancêtres sur cette île. Mais n’importe, il a vraiment écrit un roman avec une grande bouffée d’air… réjouissant !!

Kenavo, sur le forum « Parfum de livres »,
http://parfumdelivres.niceboard.com/t10544-frederic-ohlen-nouvelle-caledonie

Un mot tout d’abord pour te dire, raconter un peu mon avancée dans la lecture de Quintet, partager cela. J’ai commencé par l’apprivoiser en feuilletant le PDF et déjà son rythme m’a saisie au vol, sa construction en cinq trajectoires de vie bien sûr, mais tu m’en avais parlé, seulement bien plus, apparaissait d’emblée cette grande cohérence interne à chaque partie de chapitres brefs, comme un souffle, avec parfois une plus longue respiration. Cela, cette vivacité visible, donne désir grandement d’aller vers ton roman.

Puis je me suis approchée de l’incipit, et je l’ai vu, Maria, dans la nuit calédonienne… J’y ai retrouvé ta langue, singulière, précise, élégante mais d’une élégance qui sait porter ce qu’il a y de brut, brutal même dans le vivre. […]

J’ai été séduite, surprise, troublée.
Ton écriture était certes forte, mais elle s’est soudain comme déliée, délivrée d’un poids qui parfois, dans la prose notamment, conduisait à une sorte d’étoupe, on mesurait bien la richesse, la densité du matériau, mais il nous était en quelque sorte interdit, et là une lumière traverse, l’étoupe se fait écheveau, toute la poésie est là dans la langue, un rythme, le pays percute et nous percute, il fait apparition. Mais avec lui, à travers les personnages – et quels personnages ! – des fenêtres s’ouvrent à chaque fois sur d’autres mondes, on croit à un roman contant des histoires individuelles et on entre dans un roman historique, on croit à un roman historique et c’est un roman d’aventures, on croit à un roman d’aventures et c’est un autre monde qui surgit, dont on ne sait plus s’il nous dit le passé ou l’avenir, parce qu’il atteint à un présent des êtres.

Des phrases courtes, ma chérie est le titre d’un recueil de nouvelles de Pierrette Fleutiaux (que j’ai revue, et qui espère être là mercredi prochain pour la soirée avec grande envie de te revoir et beaucoup de joie lorsque je lui ai parlé de ton livre). Et bien tu as fait cela, trouvé la puissance de phrases qui épousent la respiration de qui agit sur lui. Et chacun de tes personnages a la sienne. Tu donnes à rencontrer la complexité d’une histoire, de ce que c’est de vivre, voilà, et le souffle est éminemment poétique.

Puis quel travail ! Invisible au sens où il n’est jamais pesant, mais évident… J’ai marché dans les rues de Nouméa, arpenté ce pays tien jusqu’à l’âme, mais aussi Hambourg en flammes, mais aussi les rivages d’autres îles.

Parce que je crois qu’écrire est pour faire apparaître, je crois que c’est là un grand livre.

Anne Bihan, dramaturge et poète.

Je viens de terminer ton très beau livre.
Il est à la fois riche, profond, cruel, tendre, envoûtant.
En te lisant, je me demandais : être Calédonien, est-ce que ce ne serait pas être métis par essence ?
Tu donnes à la Calédonie, je pense, son plus beau roman.
Laurence Leroux, romancière.

Je te connaissais poète, je ne te connaissais pas romancier. Je peux te dire, mon garçon, que tu es du haut lignage. C’est vraiment du roman, ça coule bien et c’est en même temps très riche.

Bernard de la Véga, professeur d’histoire, romancier.

Tu sais superbement parler de tes personnages, de la Nouvelle-Calédonie, des utopies de Heinrich, de Fidély au crâne pointu. Bien sûr, Quintet, c’est cinq personnages et non trois, et le whale-boulouk est une vache marine et non une « baleine » (sic)… mais ton intervieweuse (Paula Jacques sur France Inter, dans l’émission Cosmopolitaines) est pardonnée pour ces petits détails car elle a su donner aux auditeurs envie de lire ton roman.

Juliette Maes, présidente de Lire en Calédonie.

Votre Quintet est magnifique, fort et émouvant.

Jean-Noël Schifano, éditeur, Continents Noirs, NRF Gallimard.

Merci pour le souffle de Quintet.
Antoine Gallimard, P.-D.G. des Éditions Gallimard.

Je reçois Frédéric Ohlen, poète, nouvelliste et éditeur, lauréat de plusieurs prix en Nouvelle-Calédonie, pour son premier roman formidable, picaresque, inouï dirais-je, puisqu’il nous découvre les tribulations d’un continent quasiment oublié : Quintet chez Gallimard.

Paula Jacques, Cosmopolitaines, France Inter, 25.04.14, en direct du Salon du Livre de Paris.
http://www.franceinter.fr/emission-cosmopolitaine-speciale-salon-du-livre-eric-orsenna-scholastique-mukasonga-frederic-ohlen

Cher Frédéric, je viens de finir Quintet. Et Paula Jacques avait raison : la Nouvelle-Calédonie a maintenant son roman. Grâce à lui, grâce à vous, je suis entré au plus profond de votre Grande Île. C’est cela, la magie du roman. Et quels personnages ! C’est dire si l’envie de venir grandit (accrue par celle de vous connaître mieux).

Érik Orsenna, écrivain.

Votre roman ? Je le trouve magnifique et qui fonde à mon sens l’identité en profondeur de la Nouvelle Calédonie…
Jean-Pierre Léonardini, critique littéraire, Options, n° 595.

Un roman à la belle épaisseur littéraire, d’identités et de langues mêlées […]. Un livre historique, d’aventures, d’initiation.

France TV info, reportage de Christian Tortel, Emmanuel Morel et Bernard Blondeel, 24.04.14.
http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/frederic-ohlen-auteur-du-roman-quintet-nous-sommes-des-metis-154617

Un coup de maître !
Dominique Roederer, Paris-sur-Mer, France Ô, 10.04.2014.
http://www.la1ere.fr/emissions/paris-sur-mer/actu/quintet-de-requins.html

Un clin d’œil à l’univers du jazz…
Élif Kayi, NC 1re,
http://nouvellecaledonie.la1ere.fr/2014/03/25/frederic-ohlen-presente-son-dernier-roman-135673.html

C’est de Nouvelle-Calédonie qu’il faut peut-être ouvrir encore plus grands les yeux du lecteur, avec la révélation de ce printemps, Frédéric Ohlen, poète, nouvelliste, éditeur […] publie son premier roman : Quintet, dans la collection Continents Noirs, chez Gallimard.

Construit sur une trame polyphonique, ce livre touche aux veines et aux battements du sang du « Caillou ». Une révélation littéraire qui pourrait bien éclabousser de sa lumière et de son écriture ciselée ce qui n’arrivait pas encore à venir jusqu’à nous, une terra incognita.

Une apparition de peuples et d’États, des histoires de blackbirders, les bateaux négriers de l’Océanie, cet autre commerce triangulaire méconnu.

Caroline Bourgine, Rue 89, Nouvel Obs.

Oui, c’est bien vrai, Fred, ton livre est formidable et en le lisant, je t’entends parler…
Ta voix d’homme est au cœur de la voix du texte…
Je t’assure, je t’entends me lisant ton texte, c’est assez fou comme impression !

Catherine Laurent, poète et romancière.

KATJOPINE ÉKO – WEB TV, reportages, interviews, cultures urbaines et métissées : Salon du livre de Paris 2014 avec les auteurs et éditeurs de l’Océanie. Frédéric Ohlen : histoire(s) d’un livre…

http://katjopineetko.typepad.com/blog/2014/04/katjopine-éko-web-tv-reportages-salon-du-livre-de-paris-2014-avec-catherine-laurent-frédéric-ohlen-nicolas.html

MINISTÈRE DES OUTRE-MER : Frédéric Ohlen, écrivain néo-calédonien, évoque son roman Quintet, inspiré d’une légende familiale vieille de six générations. Nouméa s’appelait alors Port-de-France et comptait 153 habitants… À lire chez Gallimard.

L’aventure ne fait que commencer ! Une interview de Jean-Marc Estournès pour le magazine Endemix n° 6, mars-avril-mai 2014, pages 24-25.
http://fr.calameo.com/read/00328369906ada5ef34c7

Il y a un côté Faulkner dans Quintet. […] Un livre porté par l’incandescence de la reconnaissance de l’Autre.

Laure Adler, France TV, Tropismes, Épisode 24 : « Drame de l’exil », 30 min.
avec Jean-Noël Pancrazi, Indétectable ; Frédéric Ohlen, Quintet,
tous deux édités par les Éditions Gallimard. Diffusion : 27.04.14.
http://pluzz.francetv.fr/videos/tropismes_,100729305.html

Je n’ai pas eu le temps de vous dire que j’avais profondément aimé Quintet. Son ampleur, sa force de chant venu du fond de la terre, sa juste vision de la complexité humaine. Ce livre que j’ai lu aussi comme une odyssée […].
Jean-Noël Pancrazi, romancier.
J’ai lu avec beaucoup de plaisir votre premier roman. […] C’est un très beau livre écrit avec force, maîtrise. Il y a beaucoup de musicalité dans vos pages, de tempo ; on ressent la vie intense, le cœur battre de cette grande île qu’est la Nouvelle-Calédonie […]. Voilà un bon livre, tout à fait réussi.
Joël Belleville, lecteur à Grenoble (France).
Une écriture très fluide, très belle. On a envie de continuer…

Bintou Simporé, émission Cargo du jeudi 20 mars 2014,
Outre-Mer 1re, avec Régine Jasor et Frédéric Ohlen.
http://www.podcasters.fr/episodes/r%C3%A9gine-jasor-et-fr%C3%A9d%C3%A9ric-ohlen-30232159.html

[…] Quintet : cinq personnages, cinq points de vue différents sur un nouveau monde, quatre « civilisés » et un « sauvage ». Mais il faut se méfier ici des proportions : le personnage principal est incontestablement Fidély, une « Tête-pointue », un natif des Nouvelles Hébrides (le Vanuatu actuel), les autres ne sont que des comparses. Et il faut se garder de l’exotisme car ce Fidély n’est pas seulement un porteur de songes, capable de rêver le passé et l’avenir et de projeter ses visions vers d’autres dormeurs. Il possède, à côté d’une vive intelligence, un don pour les langues occidentales et une mémoire qui font de lui un fin lettré. Il dépasse ainsi largement en civilisation les colons, missionnaires et fonctionnaires impériaux auxquels il est confronté.

Les cinq parties n’apportent pas seulement une connaissance diversement biaisée de la personne de Fidély, elles ouvrent sur des univers différents. Sur la culture kanak avec « Kadamé » ; sur Hambourg et la lutte d’influence entre les prêtres et les francs-maçons en territoire colonisé avec « Heinrich » ; sur la Wallonie, son patois et le rude métier d’instituteur de brousse avec « Monsieur Gustin » ; sur Port-de-France et les premiers bains-douches avec « Le Troisième Moineau ». Quant au journal de Fidély, écrit en prison à la suite d’un meurtre qu’il n’a qu’à demi commis, il nous offre sa vision des Blancs, dits « White Men » ou « Men-oui-oui ». D’autres personnages récurrents composent, avec ceux déjà cités, une fresque haute en couleur : comme James Paddon, l’Anglais qui a fait fortune dans les mers du Sud, sa femme Naïtini, Moko, le Maori, le gouverneur Guillain, Medjamboulou, le porte-parole du chef Aliki-Kaï, ou encore Russier, le geôlier, etc. Sans oublier cet animal fantastique, le whale-boulouk (dugong en français). […]

Selim Lander, in Quintet, le roman du « Caillou »
http://mondesfrancophones.com/blog/en-librairie/quintet-de-frederic-ohlen-le-roman-du-caillou/

J’achève à l’instant votre très beau roman. Ce récit à cinq voix, ample et fort, vos phrases ciselées et évocatrices m’ont séduite. C’est un magnifique travail, puissant, qui plonge le lecteur dans la complexité de l’histoire de l’Océanie.
Christine Chaumeau, journaliste free lance, Télérama.
Permettez-moi d’abord de vous dire que j’ai beaucoup apprécié votre roman, tant par sa facture stylistique que par son sujet. J’aime particulièrement la façon dont se mêlent ces cinq voix, fausse chorale reflétant, à la manière d’un miroir brisé, la naissance conflictuelle de la Nouvelle-Calédonie.

Émile Rabaté, journaliste free lance, Libération.
« Un Caillou et des livres », un documentaire d’Alan Nogues (mise en fiction des écrits de sept auteurs calédoniens). Production : Émotion capturée. Diffusion : 08.04.14, dans le cadre de l’émission « Itinéraires ».
http://nouvellecaledonie.la1ere.fr/emissions/itineraires/actu/un-caillou-et-des-livres-080414.html-0

Des Livres et Nous, « Cinq invités pour un Quintet », NC1re, diffusion radio : 28.04.14 ; diffusion TV : 04.05.14. Invité d’honneur : Frédéric Ohlen
Musiciens : Stéphane Fernandez et Brice Prudent
Lecteur : Damien Orso (Damien Durieux)
Chroniqueur : Pierre Faessel.
Présentation : Cris.
http://nouvellecaledonie.la1ere.fr/emissions/des-livres-et-nous/actu/cinq-invites-pour-un-quintet-040514.html-0

J’ai terminé Quintet.
Effectivement, la fin surprend, rebrasse les cartes et ouvre de nouvelles perspectives !
Je te confirme tout le bien que je pense de ton livre, que j’ai commencé à relire.
J’y trouve ce que je cherche le plus souvent en vain dans la production contemporaine :

• une voix qui ne ressemble à aucune autre, […]

• une histoire où je suis constamment surpris et qui va là où je ne l’attendais pas,

• un dépaysement (géographique, historique, intellectuel… ou tout ça à la fois).
Tu m’as donné à voir une NC du Second Empire vivante et inédite.

• un auteur qui ne sous-estime pas son lecteur et ne le prend pas pour un benêt.

Bref, cela me paraît une vraie réussite.

François Garde, écrivain,
Prix Goncourt 2012 du premier roman pour Ce qu’il advint du sauvage blanc.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire et relire ton roman, un plaisir musical ; il sonne juste, net et brillant, ce que Bernard Gasser a résumé par le mot fulgurant. Jeux des mots, danse des mots, musique des mots par leur forme, leur sonorité, les images qu’ils suscitent. C’est finalement ce qui reste du roman au-delà du substrat historique, et c’est ce qui fait aussi que le roman reste et restera.

Au sujet des mots et pour continuer dans la musique, j’ai apprécié ce que tu as dit du choix de whale-boulouk contre dugong. Tu as usé d’une large palette de vocabulaire depuis le rabelaisien embrené jusqu’à l’argotique moutard ou le moderne frigo. Pourtant, tout sonne juste et naturel encore une fois, car il n’y a ni baroque ni pédantisme. Ce qui ne t’empêche pas de donner parfois au lecteur le plaisir d’apprendre un nouveau mot qu’il cherche dans le dictionnaire : rassade, par exemple.

Le titre convient bien à ce caractère musical de l’œuvre. Les cinq voix et une de plus, sans compter celle de l’auteur qui les domine, jouent les mêmes thèmes et le lecteur-auditeur se plaît à les reconnaître et à les comprendre au fur et à mesure qu’avance le roman. De plus, à l’intérieur d’une même voix ou d’un même thème, – autre plaisir que tu donnes au lecteur – un sujet peut être amorcé et laissé en mémoire jusqu’à élucidation ; c’est le cas par exemple de ce « quelque chose » qu’avait « pris » Maria à « l’adolescente couchée dans l’herbe ».

Au sujet du titre, je me suis dit d’abord : pourquoi quintet (qui a l’air anglais) et non quintette ? Tu as répondu toi-même à cette question en prononçant le mot jazz. Ton roman est plus jazz que musique classique. Dans ce dernier cas […], il ressemblerait plus au roman post-balzacien auquel tu faisais allusion, qui, lui, démarrerait par une description, etc. Non, tu es allé au sujet directement, sans une phrase ou un mot de trop.

Michel Soulard, professeur de Lettres.

À première vue, il a l’air coriace, ce bouquin. Serré, dense. Une trame genre tapis d’Aubusson. […] De la phrase sèche, incisive. Bon, je prends le risque, je soulève le couvercle : « À Maria et Heinrich ». À la page 97, je saurai qu’il s’agit des Ohlen, de leur authentique saga. Ensuite, KADAMÈ, le titre de la première partie de l’ouvrage. Y a-t-il un traducteur dans la salle ? Me voilà déjà parti à la chasse aux énigmes « ohlenesques » – et ça l’amuse ! J’apprendrai bientôt qu’il est question d’un pacte d’alliance et de paix entre Maria, la sage-femme, et les tribus canaques. Un trait d’union par-dessus la déchirure entre deux mondes antagonistes. Plus loin encore, que le mot kadamè signifie martin-pêcheur, une espèce qui vit toujours en couple. L’équivalent d’alcyon, l’oiseau qui fait son nid sur les mers calmes. Kadamè, l’espoir, une aube, une naissance. La clarinette incarnerait bien Maria pour qui « tous les fils ne font qu’un ».

Poursuivons : une citation d’Yves Bonnefoy. […] Dico : Poète en quête du lieu, celui-ci recherche « le sentiment de la présence », « le consentement de la lumière ». Et voici que je me retrouve dans un pays ignoré, parmi des immigrants affamés, les avalanches de sauterelles, les paquets de boucan sous les lits et les aurores boréales… Drôle de lieu, inquiétantes présences, fantastique lumière. Un indice : Solferino (2e page). Donc, date : 1859. Empereur des Français : Napoléon III. Voici pour l’époque. Moi, lecteur paresseux, j’aurais réclamé une préface chiffrée. De la prise de possession (1853) à la déportation (1864). De la déchirure à l’âge du pire. Mais non ! Cet Ohlen estime que les personnages concernés doivent raconter eux-mêmes l’Histoire, de l’intérieur de leur vie, de leurs histoires tragiques.

« Maria s’éveillait toujours juste avant que le message n’arrive. » Ah ! cette première phrase déterminante, dont vont dépendre les 350 autres ! Qui est donc cette Maria ? Qui donc le messager ? Suivez le guide ! De Hambourg en flammes à la pension de famille de Sydney, jusqu’aux collines jaunes de Gadji en Nouvelle-Calédonie. Tandis que Maria s’enfonce à cheval dans la nuit hostile, apparaît Fidély, le fil rouge de Quintet. Cet « Indien Sandwich » à l’arrière-crâne pointu traduit, tête basse, les diktats des guerriers canaques. Jusqu’au bout de roman, il saura faire résonner très fort la guitare de ses rêves et de sa passion pour Naïtani, ce soleil au milieu des ténèbres !

Naïtani, imposante Néo-Hébridaise, gérante de store pour le compte de son mari, l’Anglais James Paddon, auquel elle fut vendue. Naïtani, femme libre, déjà indépendante, qui choisira comme compagnon cet esclave prisonnier des négriers : Fidély ! Un nom qu’elle lui accorde. Naïtani, reine d’Anatom, reine rebelle, l’Angela Davis des mers du Sud, l’Antinéa océanienne ! La justicière impitoyable qui, grâce à son intelligence et à sa détermination, va infliger une sanglante extermination aux blackbirders, ces féroces trafiquants d’esclaves ! Roman d’aventures à la Jack London et roman passionnel : les Amants d’Anatom ! Jusqu’au procès pour sorcellerie, jusqu’à la mise en accusation inique de Fidély, jusqu’à l’évasion souhaitée du couple vers l’Australie !

Les autres personnages de Quintet inspirent a priori moins d’enthousiasme. HEINRICH pour sa foi constante (ou envolée ?), son grand rêve laïque, ses discours, ses formules et ses entreprises à la gloire du « Grand Architecte de l’Univers », Heinrich, le franc-maçon, mérite cependant d’incarner la force du saxo.

Quant à MONSIEUR GUSTIN, le petit instituteur belge, qui n’a jamais enseigné ni navigué sur mer, son voyage de Namur à Brest et sa traversée de Brest à Port-de-France, via le Brésil et l’océan Indien, soixante-dix jours sur le Dunkerque pour découvrir le monde, son expérience est rafraîchissante de naïveté et de candeur novice comme un air de flûte !

Et puis on rencontre les amis de Fidély : Moko, le Maori tatoué, Billy, le forçat évadé, et Thiosse, le bébé canaque accouché par Maria qui réclame toujours, pour s’endormir ou se calmer, une histoire même horriblement biblique !

Enfin, coup de trompette, non pas du Jugement dernier (quoi que..), celle de la Justice incarnée par le capitaine de Rieu, défenseur et sauveteur de l’innocent Fidély promis à une mort programmée. […] Tout le livre est plongé dans une ambiance de sorcellerie hallucinante. […] Un roman touffu, copieux, plein comme un œuf : rien à jeter ! Instructif et passionnant pour l’ancien du Caillou que je suis.

Le lecteur qui aura su, jusqu’au bout, assembler les pièces du puzzle ne sera pas déçu.

Roger Durand, professeur de Lettres, poète.

1842. Hambourg brûle. Heinrich s’enfuit, entraînant la jeune Maria. Ils s’installent finalement en Nouvelle-Calédonie où naissent les premières colonies de migrants. Sous un climat accablant, sans outils, sans semences, Heinrich, franc-maçon humaniste, rêve d’une école laïque ; Maria se dévoue, accouche les femmes kanak, adopte un nouveau-né. Le village s’enracine. Un instituteur belge arrive enfin et enseigne avec ardeur enfants de colons et d’indigènes. Malheureusement, il est piqué par un coquillage mortel que lui ramasse l’étrange Fidély. Cet adolescent, échappé de l’esclavage, issue d’une lignée dépositaire du Rêve du monde, est conduit en prison…

Le récit s’organise en quintet, avec les voix successives de Maria, d’Heinrich, de Gustin, l’instituteur, de Fidély et du juge de Rieu. Imprégné de mythologie kanak, l’auteur – poète et dramaturge, il publie ici son premier roman – descend de six générations de colons et accorde la même empathie à ses personnages. Leurs mentalités contrastées animent un texte à la fois poétique et narratif […]. L’histoire de la colonisation sous le Second Empire revit : coexistence ou affrontement avec les tribus, rivalités, avidité, esclavage clandestin… À travers Fidély, se construit magnifiquement le pont étroit entre un monde rationnel et les forces obscures de la création, captée dans les réseaux du rêve.

M. W. et M.-C. A., Notes bibliographiques, mai 2014.

Intervention au JT, « L’invité du dimanche » (15 min.), le 18 mai 2014, à 19 h 30.
Interview : Alexandre Rosada

Premier roman de l’écrivain, poète et professeur de Lettres, Frédéric Ohlen, de Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Cette île du Pacifique est au centre de ces récits où s’entremêlent histoires personnelles et grande Histoire, celle de l’île mais aussi celles de l’Allemagne et de la traite des Canaques. Quintet, titre significatif puisque cinq voix, cinq petites musiques, cinq destins s’y croisent.
Maria, l’élément féminin, infirmière, c’est le côté maternel qui donne au récit un sens humaniste. Kadamè pour les Canaques. Jeune fille, elle est sauvée et recueillie après un incendie, en Allemagne, par Heinrich, qui croit en l’instruction et ouvrira, contre vents et marées, une école laïque malgré l’opposition des Pères Blancs locaux.
Monsieur Gustin, l’instituteur, venu de Namur, qui acceptera l’aventure et délaissera celle qui l’a recueilli, sa seconde mère.
Le capitaine de Rieu, devenu juge et qui, en conscience, s’opposera à la pression sociale et politique, ce qui l’empêchera de condamner un innocent en la personne de Fidély.
Fidély, donc, jeune Canaque, le fil conducteur du roman. À travers lui, on aborde l’histoire de la Nouvelle- Calédonie, celle de cette partie du monde bien éloignée de l’Europe où des malfrats sans scrupule se moquent des lois […].
Ce roman foisonnant nous initie aux coutumes canaques […]. Il nous dévoile la force des clans et l’importance de la terre pour le peuple autochtone, l’existence des rafles négrières dont a été victime, Fidély, jeune, traites que l’histoire officielle cantonne souvent à l’Afrique. On découvre également la pensée dominante au milieu du 19e siècle, la toute-puissance du préfet et l’avant-projet de l’implantation d’un bagne pour se débarrasser d’individus indésirables et gênants de la Métropole.
Quintet est un livre très documenté, à l’écriture souvent poétique […] c’est un bon roman pour qui veut connaître, de l’intérieur, la Nouvelle Calédonie.
Claude Thomas, président du C.F.B.
(Centre Francophonie de Bourgogne).
cfrancophonieb.blogspot.com/
Mes aïeux chez les Kanaks
Un récit familial conçu comme un quintet de jazz par Frédéric Ohlen

Les ruines fumaient encore lorsqu’ils quittèrent Hambourg. En quatre jours et trois nuits, l’incendie avait dévoré près d’un quart de la ville. Carbonisé leur toit. Leur famille. Leurs amis. À quoi bon dans ces conditions rester en Allemagne ? Les deux miraculés sautent dans un bateau. Peut-être que la mer apaisera la douleur des flammes. Première escale : Sydney, en Australie, où ils ouvrent une pension. En 1859, ils font partie de la première vague de colons à s’installer en Nouvelle-Calédonie, dans la petite ville de Gadji. Le couple affronte la sécheresse, les maladies, les invasions de criquets. Maintient tant bien que mal une paix fragile avec les indigènes. Elle devient sage-femme dans la brousse. Il construit la première école laïque ouverte aux Blancs et aux Kanaks.

« Anomalie »
Eux, ce sont les arrière-arrière-grands-parents de Frédéric Ohlen. Le poète néo-calédonien leur rend hommage dans Quintet, son premier roman. « Au départ, il s’agissait bien d’un certain devoir de mémoire : rendre compte de la vie et de l’œuvre de Maria Dohrn et Heinrich Ohlen, explique l’auteur par mail. Ce qui persistait d’eux dans la légende familiale m’avait, très jeune, intrigué. Il y avait dans leur couple, dans leur présence même, une anomalie fondamentale que j’ai tenté d’élucider. » Tout en laissant « une sacrée part à l’imaginaire », l’écrivain s’est imprégné de documents d’époque pour retracer la vie de ses ancêtres. Le récit se concentre sur la période après leur arrivée à Gadji, Hambourg et l’Australie apparaissant seulement par flash-back.

Mais Maria et Heinrich ne sont que les deux premières voix d’un ensemble conçu comme un quintet de jazz. En ajoutant trois autres voix à celles de ses aïeux, Frédéric Ohlen ouvre le roman familial à un souffle historique plus large. Monsieur Gustin, jeune instituteur belge venu exercer à Gadji, le capitaine De Rieu, en faction à Port-de-France, et Fidély, Polynésien raflé par les Anglais, apportent chacun leur contrepoint, éclairant sous un jour nouveau l’histoire tourmentée de l’île. Loin de la partition humaniste des Ohlen, Fidély fait entendre un chant sombre. Celui des blackbirds. Les « merles noirs ». C’est ainsi que les Anglais surnomment, au milieu du XIXe siècle, les indigènes du Pacifique Sud. Manière de dire que pour les Blancs, les Noirs sont du gibier. De Hawaï à la Nouvelle-Zélande, de l’île de Pâques à la Nouvelle-Guinée, des dizaines de milliers d’autochtones sont razziés puis réduits en esclavage, principalement pour travailler sur les champs de canne à sucre australiens. Fidély est l’un d’eux.

Voyage en pirogue
La section consacrée à ce personnage est la plus importante du livre, elle constitue le cœur véritable de Quintet. Grand lecteur d’Yves Bonnefoy (des extraits de Début et fin de la neige parsèment le roman), Frédéric Ohlen semble trouver dans Fidély la possibilité d’une présence poétique au monde, d’un lien entre l’homme et les choses préservé des « feux langagiers ». À l’instar de ce voyage en pirogue : « J’appuie mon épaule contre le bois sec. Je plante mes talons dans le sable. Cours après la masse qui s’emballe. Mes fesses trouvent leur place au fond. Premier coup de pagaie. La fraîcheur de l’eau nous saute au visage. Elle nous attrape le torse, nous dilate. Nous trouvons le rythme. Unis à ce qui respire là. »

Porté par une plume élégante et légère, constellé de métaphores, Quintet est un ravissement. Pourtant, Frédéric Ohlen ne s’est pas rendu la tâche facile en mêlant réalité et fiction, narration et poésie, mémoire intime et mémoire historique.

Comme quoi le goût du risque se transmet de génération en génération.

Émile Rabaté, Libération, Le Cahier livres de Libé, 28 mai 2014.

[…] j’ai pu reprendre la lecture de ton roman que j’ai ensuite dévoré. J’ai apprécié en particulier la grande richesse de ta langue, cette importation de la poésie dans notre faible prose romanesque avec d’incessantes trouvailles (je retiens, entre des dizaines d’autres, « l’haleine salée du corail » ou le roulement d’une « voix de galets ») qui revitalisent bien des métaphores éculées. Je suis également admiratif de la manière dont tu puises dans un foisonnement historique pour y cueillir des détails si concrets qu’ils confèrent au récit la présence du vécu. La rencontre de la trame maçonnique et du rêve mélanésien comme voies souterraines me paraît aussi réussie. Donc, si je peux me permettre, toutes mes félicitations.
Pierre Furlan, traducteur, écrivain.
Quintet de Frédéric Ohlen
ou l’art du Träumen

Quintet évoque l’une de ces boîtes à merveilles, menus objets et fleurs séchées, qui nous emmène très loin, à l’ouverture, dans les replis de la mémoire, et que l’on referme à regret en respirant encore les effluves du souvenir.
Le roman serpente entre cinq personnages par le biais desquels nous prenons connaissance de bribes de leur vie au temps des premiers liens entre Européens et Océaniens, histoires et Histoire que nous recomposons. Mais chacun est aux prises avec un passé brûlant, des passions souterraines, une soif inexprimable, des visions éprouvantes. Ainsi, le récit va bifurquer à loisir, créant un véritable système nerveux, ramifié de toute part. Mais l’ensemble forme un tout parfaitement maîtrisé.
Revenons à ces vaisseaux capillaires, qui font toute la dentelle du roman. À l’intérieur de chaque partie dédiée à un personnage, il y a une mise en abyme qui peut souvent en cacher encore une autre jusqu’à créer tout un réseau de sens.
La première est Maria, la sage-femme des brousses. C’est une aventurière européenne du XIXe siècle, entière dans l’action, la médecine. On l’imagine proche d’une Marie Curie, toute à la science, à la pratique, à la dévotion, dans l’oubli d’elle-même, de ses forces. Mais du fond d’elle remontent des comptines allemandes, des souvenirs, la nostalgie d’une âme embarquée, d’une plante qui repousse partout, et s’enracine parce qu’elle ne sait rien faire d’autre que vivre. À cet égard, Maria est une herbe sauvage. Elle est aussi le souffle, celui qu’Heinrich lui a redonné, celui qu’elle a insufflé à Thiosse son fils kanak adoptif. L’élément air. « Front contre front. Souffle dans souffle. » (page 33)
Le feu peut représenter Heinrich, le franc-maçon. Un homme brûlé par son passé, qu’il croit loin derrière lui mais « le feu qu’on avait cru éteint rampait encore dans les soupentes » (page 76). Il veut construire. Il se voue à sa passion humaniste. Il veut (se) reconstruire. Mais si le feu assainit, il détruit aussi. Son projet d’école en Nouvelle-Calédonie se concrétisera avec l’arrivée de Gustin, l’instituteur, un homme qui, sous l’égide de l’élément liquide, va dispenser le savoir européen. Son enseignement est comme l’eau, sale ou propre, qui s’insinue partout, pas une de ces « giboulées glacées » (page 121), non, une eau douce, sûre de sa crue. « Oui, j’en suis sûr, tôt ou tard, l’eau viendra. » (page 288) Gustin est complémentaire d’Heinrich : ces deux promeneurs ne seront plus solitaires « devisant et marchant à la nuit tombée » (page 121). Le capitaine Rieu, le dernier à prendre la parole, partira sur les traces de Fidély, pour rechercher la vérité ; c’est un homme très terre à terre, dont chaque pas s’entend au cliquetis de ses éperons de cavalier sans cheval.
L’air, le feu, l’eau, la terre… Fidély, cet enfant de paix, qui parle toutes les langues, représente quant à lui la quinte essence. Tous ces personnages vont entrecroiser leur route, leur destin et leurs rêves. Dans les réseaux internes des histoires racontées pour endormir (ou réveiller…) le petit Thiosse, dans l’effroi des cauchemars, dans les lettres porteuses d’espoir, dans les rêves racontés par les uns et les autres, parfois à dessein, parfois comme par inadvertance, on trouvera les désirs et les peurs qui forment l’âme d’un être, ou d’un livre. « […] l’homme n’est jamais que le rêve d’une ombre. » (page 314)
Par une sorte de capillarité, Fidély se gorgera de tous ces éléments. Il a pu se libérer de ses chaînes d’esclaves mais il va se retrouver pris in die Bande der Sprache, dans les liens du langage. Car si ce que l’on ne peut pas nommer devient invisible (comme pour Gustin page 255), ce que l’on peut nommer se révèle et Fidély, éponge à rêves, mots et souvenirs, deviendra le réceptacle du savoir. Jusqu’à l’implosion.
Les voix, qui s’entremêlent, qui s’entrechoquent, s’élèvent pour former une forêt dense. Une forêt de voix. En effet, les cinq personnages qui composent Quintet de Frédéric Ohlen ne sauraient dissimuler tous les échos, citations et inspirations qui tissent l’œuvre. La référence aux Mille et Une Nuits page 320 se pose comme une évidence : outre la multiplicité des récits enchâssés, la porte secrète de la caverne d’Heinrich ne s’ouvre qu’aux initiés. S’il ne fallait qu’un livre pour écrire une thèse sur l’intertextualité, ce serait Quintet. Porté par l’immense érudition de son auteur, le palimpseste semble inépuisable à l’étude et densifie encore le roman. Et c’est bien à cela qu’on reconnaît la littérature : à la quête du sens qu’elle induit en nous et qui s’enrichit à chaque nouvelle lecture, nous engage de plus en plus profondément.

Le poète est toujours tapi dans l’ombre du romancier et l’on aime voir ici une note de Rimbaud dans un « dialogue matinal avec la déesse » (page 288), un dépit mallarméen qui a « lu tous les livres » (page 77), les odeurs baudelairiennes des « plus rares espèces végétales » (page 60). Oui, « les livres poussent sur d’autres livres » disait Julien Gracq. Et sur un tel terreau, quel livre !
Toutefois, et là est la prouesse, l’écrivain a su allier la délicatesse littéraire et stylistique à l’art du conteur, et l’on se plaît à suivre simplement les péripéties du récit. Comme un (le Grand) architecte, l’auteur a orchestré les sons, les visions, les goûts, les odeurs et les tessitures, les a ordonnés dans un roulis de mots qui renvoie aux éléments naturels et nous rapproche du but que semblent quérir ou percevoir tous les personnages du livre : l’éveil.
Suivez l’eau des phrases, frayez-vous un chemin parmi les sentiers d’histoires. Avec Quintet, Frédéric Ohlen nous emmène loin, là où les mots remplacent le rêve.
Évelyne André-Guidici, professeur de Lettres, mai 2014.